Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 262 – Présidentielle 2027 : la grande foire aux promesses, où l’on vend l’avenir en solde
La prospective, nouveau parfum de la démagogie
Chaque élection présidentielle a son mot magique. Hier, c’était « rupture ». Avant-hier, « réconciliation ». Aujourd’hui, c’est « prospective ». Un mot ronflant, sérieux, presque universitaire, qui donne l’impression que le candidat a lu un rapport — ou du moins la quatrième de couverture.
Car la prospective, dans une campagne, c’est souvent fort simple : on regarde l’horizon à 2040, on annonce des grands chantiers, puis on évite soigneusement de dire qui paiera l’addition. On parle d’intelligence artificielle, de souveraineté, de transition écologique, de réindustrialisation et de « nouveau contrat social ». On ne parle jamais du prix du billet.
Trente et un candidats, trente et un futurs radieux
La présidentielle 2027 bat déjà tous les records de candidatures : une trentaine de personnalités se sont déclarées ou se préparent à le faire. Autant dire que la France ne manque pas de sauveurs. Ce qui manque, en revanche, c’est un seul candidat capable de dire : « Voici ce que je ne pourrai pas faire. »
Car la vraie prospective n’est pas un discours sur les robots, l’énergie ou la jeunesse. C’est une discipline cruelle. Elle oblige à choisir. Or choisir, en politique, c’est se faire des ennemis. Et se faire des ennemis, en campagne, c’est mauvais pour les sondages.
Alors on promet. Plus de pouvoir d’achat, plus de sécurité, plus d’hôpitaux, plus d’industrie, moins d’impôts, moins de contraintes, plus d’Europe, moins d’Europe, plus de République, moins de caste. Tout le monde aura sa part du paradis, et personne n’aura la facture.
Le miracle du déficit à zéro
Les candidats « sérieux » ont leur propre tour de magie : ramener le déficit sous les 3% d’ici 2032, sans austérité. Formule admirable. C’est un peu comme promettre de maigrir sans régime, de devenir riche sans travailler et de réparer les routes sans bitume.
La formule a l’avantage de plaire à tout le monde : aux marchés, parce qu’elle parle de déficit ; aux électeurs, parce qu’elle refuse l’austérité ; aux journalistes, parce qu’elle tient dans un titre. Il ne lui manque qu’un détail : le mode d’emploi.
La démagogie n’est pas toujours celle qu’on croit
On entend souvent que la démagogie, c’est l’affaire des populistes. Ce serait trop simple. La démagogie a aussi ses salons feutrés, ses cols blancs et son vocabulaire technocratique. Elle peut parler de « réformes structurelles », de « compétitivité » ou de « responsabilité », tout en évitant de dire qui perdra son emploi, son service public ou son pouvoir d’achat.
Et elle peut tout aussi bien parler des « élites », des « castes » et du « peuple trahi », tout en promettant des miracles budgétaires que personne ne saurait financer. La démagogie n’a pas de camp. Elle a seulement des clients.
Ce que serait un candidat vraiment prospectif
Un candidat réellement prospectif devrait oser trois phrases interdites :
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« Cette promesse coûtera tant, et voici qui paiera. »
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« Cet objectif est souhaitable, mais impossible dans ce délai. »
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« Si les hypothèses changent, voici le plan B. »
Évidemment, un tel candidat serait immédiatement accusé de pessimisme, de technocratie ou de manque de vision. Parce qu’en France, on ne demande pas aux politiques de préparer l’avenir : on leur demande de le rendre agréable.
Moralité de la foire
Alors, y a-t-il un seul candidat à la présidentielle 2027 qui fasse de la prospective sans démagogie ? Probablement pas. Ou alors il est si peu visible qu’il a déjà perdu.
La prospective, dans une campagne présidentielle, c’est trop souvent ce qu’on promet quand le chiffrage fait peur. Le reste, c’est du marketing avec drapeau.
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